En marge de l’IGF : la conférence de presse de RSF

Jeudi 4 septembre, Reporters sans frontières a invité Human Rights Watch, Amnesty International, l’Association pour une informatique alternative et la TGC (l’Association des journalistes de Turquie) à s’exprimer sur la censure et la surveillance en ligne en Turquie.

Conférence de presse de Reporters sans frontières

De gauche à droite : Sibel Güneş, secrétaire générale de la TGC, Erol Önderoğlu de Reporters sans frontières, Andrew Gardner d’Amnesty International, et Johann Bihr de Reporters sans frontières

A l’image d’Emma Sinclair-Webb de Human Rights Watch, toutes les organisations se sont accordées pour déclarer que la tenue de l’IGF à Istanbul était une occasion unique pour attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation en Turquie.

La Turquie a bloqué Twitter et YouTube au début de l’année. De récents amendements à la loi 5651 sur Internet autorisent la haute autorité des télécommunications turque, la TIB, à bloquer quasiment n’importe quel site sans décision de justice. Le blocage doit cependant être validé par un juge dans les 48 heures, un délai difficile à respecter vu l’engorgement du système judiciaire en Turquie. Qui plus est, comme l’a rappelé Johann Bihr de RSF, 48 heures de blocage, ce sont 48 heures de trop.

Cynthia Wong de Human Rights Watch a rappelé que les autorités ont également fait passer une loi qui étend de manière inquiétante les pouvoirs des services de renseignement turcs, le MIT. Cette loi oblige toute institution publique ou personne morale à fournir n’importe quelle information demandée par le MIT, sur simple requête. Ceux qui s’y refusent encourent de deux à quatre ans de prison.

Pourtant, la situation alarmante de la censure et de la surveillance en ligne en Turquie n’a fait l’objet de presque aucune conférence à l’IGF d’Istanbul. C’est ce que relevait Andrew Gardner d’Amnesty International : « Quelle ironie ! La Turquie, l’un des pays leader en matière de censure en ligne, est l’hôte d’un événement sur la gouvernance d’Internet ».

Au cours des ateliers auxquels RSF a assisté, de nombreux panélistes ont affirmé que la gouvernance d’Internet était un problème technique. C’est faux. C’est, ainsi que l’a rappelé Johann Bihr, un problème politique. Ce qui est en jeu ici à l’IGF d’Istanbul, et ce que ses organisateurs n’ont pas l’air de comprendre, c’est la préservation d’Internet en tant que réseau ouvert et décentralisé, ou sa transformation en de multiples réseaux nationaux étroitement contrôlé par les Etats.

Johann Bihr a rappelé que de multiple textes internationaux existaient déjà : décisions de la Cour européenne des droits de l’homme, rapports du Rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté d’expression, Franck La Rue, sur l’accès à l’information en ligne (2011) et sur la surveillance en ligne (2013)… Ce n’est plus de discussions dont nous avons besoin, mais de règlements internationaux contraignants.